15/01/2023 - Décès de Germaine ARBONA
NÉNOU
Merci à vous mes chers amis d’être venus si nombreux ; merci à mes chers voisins si serviables qui m’ont beaucoup aidé et aux infirmières si dévouées : Patricia, Sonia, Sandrine….. qui l’ont accompagnée depuis deux années, merci à ma famille et à mes amis qui m’ont aidé à mettre en place cette petite cérémonie, merci à Daniel le diacre qui la dirige, oui merci pour votre soutien dans ces moments si douloureux.
Merci à vous mes chers amis d’être venus si nombreux ; merci à mes chers voisins si serviables qui m’ont beaucoup aidé et aux infirmières si dévouées : Patricia, Sonia, Sandrine….. qui l’ont accompagnée depuis deux années, merci à ma famille et à mes amis qui m’ont aidé à mettre en place cette petite cérémonie, merci à Daniel le diacre qui la dirige, oui merci pour votre soutien dans ces moments si douloureux.
Merci à tous ceux qui gardaient le contact avec elle, comme son cousin Dominique, et qui l’appelaient régulièrement car elle ne pouvait plus se déplacer.
Germaine que j’appelais Nénou, c’est le prénom que lui avait donné sa sœur Geneviève vient de nous quitter, de me quitter après 50 ans de vie commune. Elle aurait eu 97 ans en juillet et j’espérais le fêter avec elle et avec notre famille.
Elle est née à Sète qu’elle aimait énormément et qu’elle m’a fait connaître. Son enfance n’avait pas été facile car elle a été élevée par sa mère seule qui tenait un bureau de tabac avec un coin servant de café. Son grand père tenait un commerce de liqueurs et de vins d’Espagne qui rapportait bien et qui faisait vivre toute la famille mais à la guerre d’Espagne tout le wagon de liqueurs qu’il avait commandé et payé a été bloqué à la frontière et n’est jamais passé en France. Ruiné le pauvre homme est décédé peu après et la mère de Germaine, désormais sans ressources, a dû tenir ce bureau de tabac pour survivre et donc élever ses deux filles Geneviève et Germaine. Dès son plus jeune âge elle a donc aidé sa mère au bureau de tabac et c’est là qu’elle rencontrait Brassens quand il venait acheter ses cigares, des cigarillos.
Elle a continué ses études en privilégiant toujours la gymnastique et en rentrant au Creps de Toulouse pour préparer le professorat de gymnastique qu’elle a dû interrompre pendant la guerre pour aider sa mère au bureau de tabac. Elle se souvenait très bien des soldats allemands qui venaient souvent chez sa mère boire un schnaps avant qu’ils ne s’en aillent quand Sète fut bombardé par les alliés. Tout ça pour dire qu’elle a connu un tout autre monde que le nôtre et qu’elle avait beaucoup d’histoires à raconter.
Elle a passé plusieurs années à aider sa mère au bureau de tabac et au décès de celle-ci elle est venue à Montpellier où elle a trouvé une place de secrétaire à la Préfecture et plus tard à l’institut agronomique méditerranéen où elle a fait une belle carrière jusqu’à sa retraite. Dans ce cadre elle côtoyait un grand nombre d’étudiants de nombreuses nationalités qui l’ont ouvert sur tout le monde méditerranéen et l’ont sans doute préparée à notre engagement futur.
En 73 nous avons fait connaissance dans le jardin qu’avait acheté son beau-frère Joseph. C’était une époque encore pleine de rêves et d’idéalisme. On parlait de non-violence, de Gandhi et déjà d’écologie, de communautés, de Lanza del Vasto et c’est dans cette ambiance que nous nous nous sommes connus et que nous avons décidé de vivre ensemble en raison de tous les points communs que nous partagions et malgré notre différence d’âge.
Au cours de nos randonnées, en 1980, nous avons un jour traversé Jacou où des terrains étaient à vendre au Hameau du Soleil. Il fallait certes faire un effort mais c’était encore dans nos moyens à cette époque car les prix étaient raisonnables et à la portée de presque tout le monde. Nous nous sommes donc installés à Jacou ce village que nous avons aimé tout de suite par sa convivialité et Germaine y a été heureuse, avec nos bons voisins, le calme et le bon air avec une grande terrasse où elle pouvait prendre le soleil. En été ma famille de Lorraine venait profiter de la mer et Nénou qui adorait jouer faisait le bonheur de tous en jouant au ping pong, aux échecs, aux scrabble…….si bien qu’elle était aimée de tout ce petit monde.
Après 10 années d’effort pour payer le terrain et notre maison nous avons commencé à souffler un peu et nous étions prêts pour autre chose. L’occasion vint par Midi Libre qui présentait une petite association de Palavas qui organisait des parrainages de familles pauvres à Pondichéry dans le sud de l’inde.
L’Inde nous a toujours fait rêver et donc nous nous sommes engagés dans cette association en commençant par parrainer une famille. Ce fut le début d’une grande aventure qui a rempli notre vie jusqu’à ce jour. Nous avons très vite pris de grosses responsabilités dans cette association qui n’a cessé de grandir et au fil des ans nous avons pu secourir des centaines de familles en détresse en Inde mais surtout à Madagascar et au Bénin. Germaine qui était secrétaire de direction m’a apporté toute son aide et sans elle je n’aurais pas pu faire la moitié de ce qui a été fait. Grâce à elle des milliers d’enfants ont pu à nouveau prendre le chemin de l’école et d’une formation professionnelle pour sortir de la misère. Actuellement des bougies brûlent pour elle en Inde et en Afrique à titre de reconnaissance et pour l’accompagner dans sa nouvelle vie.
J’ai donc été amené à me rendre en Inde, à Madagascar et au Bénin pour voir les familles soutenues par l’association … mais jamais je n’ai eu le bonheur d’y aller avec elle car à partir de 60 ans elle est devenue de plus en plus handicapée. Elle souffrait terriblement du dos car sa colonne vertébrale se tordait, si bien qu’en fin de compte il a fallu l’opérer pour lui placer une barre le long de la colonne. Ce fut un petit mieux mais elle n’a pas cessé de souffrir …..et donc une longue souffrance pour nous deux ; malgré tout elle a continué à m’aider et à prendre en charge les travaux quotidiens qu’elle pouvait assumer. Deux jours encore avant son hospitalisation elle a voulu faire notre petite vaisselle du soir en me disant que je ne pouvais pas tout faire.
J’ai tenu selon son désir qu’elle nous quitte au cours d’une cérémonie religieuse car elle était profondément croyante mais très discrète dans sa foi comme dans les services qu’elle rendait un peu partout si bien qu’au fil du temps elle se faisait aimer par tout le monde. Il me semble qu’elle a bien mis en pratique l’idéal chrétien de bonté et de service d’autrui dans la discrétion comme nous l’a enseigné le fondateur du christianisme. Notre foi commune me permet de croire qu’elle est toujours vivante, qu’un lien existe encore entre nous mais cette croyance n’enlève pas la souffrance et le chagrin d’être arraché l’un à l’autre.
Encore une fois merci à vous tous, mes amis, d’être venus pour soutenir notre famille dans sa peine et rendre un dernier hommage à Nénou qui nous quitte.
Michel Arbona
L’hommage à Nénou lu au cours de la cérémonie du 24 janvier 2023


